Financer son développement international : entre ressources propres et partenariats, un appel à l’innovation

 Par Jean-Michel Huet, Ludovic Moriniere, léa Huber et Eléonore Miedan-Gros de BearingPoint  |  
Le développement à l’international attire de nombreuses entreprises, mais encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. Pour les entreprises qui cherchent des relais de croissance à l’étranger, il existe plusieurs mécanismes : le recours à leurs fonds propres bien sûr, mais également une large palette de subventions publiques et de prêts, de garanties à l’export… ou encore des partenariats avec des bailleurs de fonds, notamment dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), qui se sont multipliés depuis une dizaine d’années.

A quels types de financements les entreprises auront-elles recours dans la décennie qui vient ? Sont-ils connus à ce jour ou restent-ils à inventer ? Quelle place pour les bailleurs de fonds – la tendance observée ces dernières années va-t-elle se poursuivre ? Et comment envisager à ce moment-là la sécurisation des investissements internationaux ? Nous avons interrogé 800 entreprises dans le cadre de l’Observatoire du Développement International.

Les entreprises sont prêtes à prendre les risques de leur développement international… mais un co-financement public est bienvenu

En ce qui concerne les types de financement auxquelles les entreprises de notre panel pensent avoir recours pour financer leur développement international, trois grandes tendances se dégagent : La première est très significative : 9 entreprises sur 10 nous disent qu’elles investiront leurs ressources propres pour financer leur activité internationale. Le développement international est donc bien arrivé au cœur du business des entreprises – elles le financent, elles sont prêtes à en prendre les risques. Deuxième tendance : plus de la moitié des entreprises interrogées prévoient d’avoir recours, également, à des subventions publiques, y compris en concluant des partenariats avec des bailleurs fonds. Troisième tendance, de l’autre côté du spectre, les crédits à l’export, eux, ont moins la côte : seulement 5% des entreprises que nous avons interrogées pensent y avoir recours. On peut y lire une préférence pour des subventions au détriment des prêts ou des offres en crédits qui ne correspond-elle pas aux attentes des entreprises…

Ainsi, dans les dix prochaines années, le financement du développement international des entreprises sera très largement financé par les entreprises elles-mêmes, témoignant d’un marché de plus en plus mature – avec un complément public afin d’élargir la base de financements et mitiger les risques.

Des financements qui restent à inventer : un appel à l’innovation

Autre point important dégagé par notre enquête concernant la projection que font les entreprises du financement de leur développement à l’international : près de 3 entreprises de notre panel sur 4 s’attendent à voir émerger de nouveaux financements. Cette vision représente un véritable appel à l’innovation.

Les bouleversements technologiques et les innovations quotidiennes laissent à penser que de nouveaux besoins peuvent émerger, tout comme de nouvelles tendances qui vont pousser de nouveaux financements à apparaître. En l’occurrence, l’émergence de nouveaux types de financement de l’entreprenariat, en France et à l’international, nous conduisent à penser que les évolutions futures peuvent être massives. L’exemple du financement participatif (ou crowdfunding) en est une bonne illustration. De nombreuses jeunes entreprises peuvent aujourd’hui voir le jour ou se développer grâce à ce moyen de financement.

La place des bailleurs de fonds : des attentes fortes des entreprises, des nouveaux terrains d’entente à trouver ?

Plus de 4 entreprises sur 5 nous disent que les bailleurs de fonds occuperont, dans une dizaine d’années, une place au moins égale à celle d’aujourd’hui dans leur panel de financements. Si ces partenariats semblent avoir de beaux jours devant eux, c’est que toutes les parties prenantes y trouvent leur intérêt. En effet, les entreprises y gagnent de nouveaux contrats avec garanties, alors que les acteurs publics y trouvent une réponse adaptée dans un contexte de ressources limitées (faire plus avec moins d’argent du contribuable). Enfin, les pays bénéficiaires, eux, sont de plus en plus friands de l’expertise et de technologies à la pointe du « made in Europe », plutôt que des offres d’assistance technique de la part d’acteurs spécialisés dans l’« aide ».

Que reste-t-il à faire pour renforcer ces partenariats et trouver de nouveaux terrains d’entente ? A minima, un effort de pédagogie et d’accessibilité plus conséquent est requis du côté des bailleurs de fonds concernant leurs mécanismes contractuels. Les entreprises, elles, ont tout à gagner en investissant un minimum pour comprendre et maîtriser ces procédures et adapter l’offre au marché que ces contrats potentiels représentent.

Mais pourquoi s’arrêter là et ne pas aller plus loin ensemble ? Rêvons d’un véritable terrain d’entente, où la co-construction entre public et privé – mais aussi avec les entrepreneurs et la société civile au sens large, en Europe et à l’international – est à l’œuvre : dans la définition même des projets, dans ses modèles économiques, dans ses parties prenantes.  Une réflexion est notamment à renforcer pour tirer tout le profit de la révolution digitale.

Vers une vision à plus long-terme du développement international : le bon partenaire local, un allié de poids

Parmi les moyens de sécurisation privilégiés par les entreprises, les partenariats locaux arrivent en tête du classement avec 60% des entreprises prévoyant d’y avoir recours, alors que les garanties à l’export n’arrivent que troisième, avec près de 30%.

Cela révèle de la part des entreprises de notre panel une réelle volonté de consolider leur présence à l’étranger autrement que par des moyens financiers : elles misent sur de bonnes connaissances du pays d’implantation, ainsi que sur des partenariats avec des entreprises locales pour consolider leur présence sur les marchés étrangers.  Les entreprises envisagent ainsi un développement à long-terme et une présence enracinée sur les marchés locaux, traduisant une vision optimiste de leur développement à l’international.

L’enjeu des partenariats est ici double : d’une part, ils permettent aux entreprises soucieuses de se développer à l’international de trouver une source de financement complémentaire. D’autre part, l’alliance avec des partenaires locaux permet à une entreprise d’avoir une meilleure assise dans le marché étranger et une meilleure connaissance du terrain local, contribuant à sécuriser ses financements.