Distingués invités, mesdames messieurs,

 

Je tiens tout d’abord à exprimer ma profonde gratitude à l’ensemble des hautes personnalités du monde politique, économique et financier, réunies ici en ce jour.

Je les remercie d’avoir accepté notre invitation.

Le Cameroun est très sensible à votre présence à ces assises. Pour nous, elle est la marque insigne de l’intérêt que vous portez à la modernisation de notre économie et à l’amélioration des conditions de vie de ses populations.

Qu’il me soit maintenant permis de rappeler l’objet, au demeurant pluriel, de la Conférence qui nous réunit aujourd’hui.

Dans un premier temps, il s’agit d’examiner l’économie du Cameroun dans ses composantes essentielles ; de voir dans quelle mesure le secteur privé peut contribuer à son expansion. Et après cet examen, d’évaluer l’attractivité réelle du pays en vue de son intégration à l’économie globale, de manière plus judicieuse et plus bénéfique.

Les conclusions de cette revue seront d’une grande importance pour la conduite de notre politique économique. Elles pourront, peut-être bien, servir à d’autres pays du continent, dont la situation présente des anographies avec la nôtre.

Dans un second temps, et ce sera sans doute le point culminant de nos assises, nous allons favoriser la rencontre entre porteurs de projets, tant publics que privés et investisseurs, tant étrangers que nationaux. Et pour emprunter au langage des économistes, cette conférence est une occasion idoine de créer ici même, un véritable marché de l’investissement.

Il ne me revient pas de dresser ici un tableau général de l’économie camerounaise. Cela sera fait sans doute pendant la table ronde consacrée à la situation macroéconomique et aux perspectives de croissance.

Je voudrais pour ma part plutôt relever quelques faits significatifs, de portée générale, de manière à laisser transparaître nos vues profondes ainsi que nos aspirations réelles pour une prospérité durable dans un contexte géostratégique du moment.

Je dirais d’abord quelques mots sur le continent.

Réputée mal partie dans les années soixante, l’Afrique serait devenue, selon certains commentateurs, un continent d’avenir. Je m’en réjouis sincèrement, mais, en même temps, je vous avoue resté plutôt prudent sur les prévisions pas trop optimistes et sans nuance de certains. Ceux-ci mettent en avant des taux de croissance qui vont, selon les pays, de 5% à 10% au fil des années.

Il faut pourtant se rappeler que la croissance n’est pas une fin en soi. Bien plus, il est reconnu, y compris par les plus grandes institutions économiques internationales, qu’il faut aller au-delà de la mesure numérique du taux de croissance pour rechercher une amélioration palpable des conditions de vie des populations.

Ce qui est en jeu ici, c’est d’abord notre capacité à mettre l’homme réellement au centre de nos initiatives à caractère économique.

Le service de la personnalité humaine et son bien-être intégral doivent être au principe et à l’aboutissement de nos choix d’investissement et de nos priorités de création de richesses.

De même, la gestion durable des ressources de la planète est seule à même de nous garantir une vraie prospérité. Cette exigence est globale, mais elle touche particulièrement l’Afrique compte tenu du retard à combler, et aussi du fait des iniquités nombreuses qui subsistent dans l’environnement international et que subit souvent le continent sans véritable moyen de défense.

Sa position marginale lors de la crise financière des années 2007-2008 lui a certes évité d’en subir le choc de plein fouet. Mais le continent n’en a pas moins essuyé les effets différés tels que l’effondrement des cours de pétrole et des autres matières premières, le ralentissement des investissements, etc.

Il est vrai que, progressivement, l’Afrique s’intègre dans la globalisation. L’on pourrait même prévoir que le rôle du continent gagne en importance au fil des ans dans l’économie globale.

La forte croissance démographique et l’augmentation de sa classe moyenne créée les conditions d’un marché attrayant et à la fois pour la grande consommation et pour la construction d’infrastructures diverses.

La jeunesse et le dynamisme de sa population sont source d’optimisme.

Les jeunes Africains notamment constituent un atout majeur pour le continent et doivent demeurer à l’avant-garde de la technologie pour assurer à l’Afrique un bon arrimage à une économie dans laquelle l’innovation s’avère, aujourd’hui plus qu’hier, un facteur déterminant de compétitivité.

À cela, il faut ajouter les richesses naturelles nombreuses et variées, mais qui devraient faire l’objet d’une plus grande transformation locale pour être encore plus bénéfiques à nos économies.

Nul doute que tous ces éléments caractéristiques feront de l’Afrique un partenaire sans cesse convoité par les pays plus avancés aujourd’hui et à la recherche d’un second souffle pour leur économie.

Dans un monde marqué par une interdépendance toujours accrue des économies et des sociétés, le défi est celui de la construction d’espaces authentiques de prospérité partagés. Il s’agit de bâtir de nouveaux types de relations économiques et sociopolitiques autour de l’idée de bénéfice mutuel entre partenaires.

Dans une telle relation, certains apportent leur capacité de financements et leurs technologies là où les autres peuvent offrir des opportunités uniques à saisir, des richesses rares à transformer dans un échange juste et équitable.

C’est ce nouveau type de relation que nous devons rechercher dans les accords de partenariat économique avec l’Union européenne par exemple, et aussi éventuellement avec d’autres partenaires.

Le secteur privé devra jouer un rôle essentiel dans un tel schéma.

L’Afrique, où souvent l’État tient une place prépondérante dans l’économie, va devoir favoriser le développement de l’entreprise.

C’est ce que le Cameroun recherche. Il poursuivra ses efforts dans cette voie pour s’assurer que les investisseurs nationaux et étrangers bénéficient du meilleur accompagnement possible.

Ici aussi, il est important de promouvoir l’établissement de vrais partenariats gagnant-gagnant entre les entreprises locales et les grandes firmes internationales.

Distingués invités, mesdames et messieurs,

Comme vous le savez, notre objectif au Cameroun est d’atteindre l’émergence à l’horizon 2035.

Cette ambition est, je crois, largement partagée par le peuple qui en a fait une cause nationale. Toutes nos politiques publiques sont orientées dans cette direction, et en particulier la gestion de nos finances publiques.

Notre politique budgétaire en expansion privilégie la qualité de la dépense contenue aux alentours de 25% du PIB. Notre dette publique fait l’objet d’un suivi rigoureux et doit rester à un niveau toujours soutenable tout en nous procurant des moyens de financement productifs.

Nous avons bon espoir que la consolidation de ces conditions saura nous attirer plus encore la faveur des investisseurs.

J’aime d’ailleurs à rappeler que le Cameroun, Afrique en miniature, ne vient pas les mains vides dans ce rendez-vous du donner et du recevoir. Il dispose en effet de nombreux atouts qui fondent son attractivité.

Pays le plus peuplé de la zone Cemac, partageant plus de 1500 kilomètres de frontières avec le Nigeria, première économie d’Afrique, le Cameroun se distingue par sa position stratégique au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et du Centre à l’intersection des zones Cedeao et Cemac.

Sa façade atlantique, son réseau ferroviaire, ses trois aéroports internationaux et ses cinquante mille kilomètres de route, tout cela en constant développement, favorisent sa bonne intégration au commerce régional et mondial. Ses ressources naturelles sont abondantes ; la diversité des sols, climat et milieux naturels y sont propices à l’agriculture.

Deuxième potentiel hydroélectrique d’Afrique et disposant des réserves significatives de gaz naturel, le Cameroun s’est engagé dans une construction d’infrastructures énergétiques variées et de grande envergure avec la mise en service programmée de celles-ci.

Ce sont de bonnes perspectives qu’il convient d’envisager pour la disponibilité d’une énergie viable, suffisante et permanente.

En outre, le pays est doté d’un tissu industriel qui s’enrichit et se diversifie avec de nombreuses PME-PMI bien disposées pour des contrats de sous-traitance et de cotraitante.

La main d’œuvre est abondante, jeune et qualifiée pour un pays qui présente l’un des meilleurs taux de scolarisation d’Afrique au sud du Sahara.

Le Cameroun est par-dessus tout déterminé à favoriser l’investissement privé. Un cadre légal, propice, a été aménagé à cet effet.

Articulé autour d’une loi sur les incitations à l’investissement, ce cadre permettra le développement des secteurs structurels prioritaires que sont : l’agro-industrie, les infrastructures de transport, l’énergie, le logement social et l’aménagement urbain, les industries extractives, les nouvelles technologies.

Toutes ces dispositions témoignent à suffisance de la volonté forte du Cameroun d’attirer sur son sol toujours plus d’investissements productifs en vue d’accélérer la croissance économique et la prospérité pour ses populations

Le Cameroun est un havre de paix, un État de droit, un pays de liberté. Ses Institutions sont stables, fonctionnelles et harmonieuses. Elles savent s’adapter aux évolutions de la société pour garantir en tout temps la paix sociale, la sécurité des personnes et des biens et la stabilité politique du pays.

Dans le monde d’aujourd’hui et singulièrement en Afrique, il s’agit là, nous semble-t-il, d’un atout majeur pour les investisseurs.

Distingués invités, mesdames et messieurs,

Par votre présence ici, vous nous exprimez votre détermination de contribuer à la réalisation de ces aspirations légitimes de notre pays.

Le Cameroun s’en souviendra.

Je souhaite à tous des échanges fructueux en vue de partenariats mutuellement bénéfiques.

Et à nos nombreux visiteurs,

Je souhaite, bien évidemment, un agréable séjour au Cameroun,

Je vous remercie.

Paul Biya

Yaoundé, le 17 mai 2016.

 

Source: Cameroon-info.net